top of page

Mali : Une Charte nationale pour la paix, entre souveraineté retrouvée et ambition collective.


Bamako – juillet 2025. À travers l’adoption d’une Charte nationale pour la paix et la réconciliation, le Mali marque un tournant historique. Rompant avec les médiations extérieures jugées inefficaces, le pays affirme désormais sa volonté de bâtir une paix endogène, souveraine, pensée par les Maliens, pour les Maliens. Ce document, remis officiellement au président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, scelle l’aboutissement d’un processus profondément national, à la fois juridique, politique et culturel.

« Le pays affirme haut et fort que la paix se construira ici, par nous, pour nous », a déclaré le chef de l’État lors de la cérémonie organisée au Centre international de conférences de Bamako, le 22 juillet 2025.

 

Un processus long, inclusif et profondément malien

La Charte n’est ni une improvisation, ni un compromis diplomatique. Elle est le fruit d’un long cheminement collectif initié dès les Assises nationales de la refondation (2021–2022), d’où ont émergé plus de 500 recommandations. C’est à partir de cette base qu’a été constituée, le 28 juin 2024, la Commission de rédaction, dirigée par l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga et composée d’une cinquantaine d’experts maliens.

Entre février et avril 2025, la Commission a sillonné le pays à la rencontre des différentes composantes sociales : chefferies traditionnelles, confessions religieuses, chasseurs dozos, syndicats, diaspora, déplacés, jeunes et femmes. À Mopti, un habitant témoigne :

« On nous a oubliés pendant des années. Cette Charte doit reconnaître nos souffrances. »

 

Une architecture juridique et culturelle unique en Afrique de l’Ouest

Le texte final, composé de 105 articles, 39 chapitres et 16 titres, se présente comme une œuvre dense et structurée, mais aussi poétique et ancrée dans l’âme malienne. Le préambule évoque les valeurs de pardon, humanité, citoyenneté, dialogue et honneur. L’article 9, pilier du texte, s’appuie sur les mécanismes endogènes de médiation pour la résolution des conflits — une signature culturelle propre au Mali.

Au-delà du droit, la Charte parle au cœur : elle prévoit des journées nationales du pardon, des forums culturels pour recréer du lien, et reconnaît le rôle central des femmes, des jeunes et des personnes vivant avec un handicap dans la prévention des crises.


Un acte politique fort : rompre avec l’Accord d’Alger

La Charte consacre également un changement d’orientation géopolitique majeur. Elle marque la rupture avec l’Accord d’Alger, que les autorités ont jugé obsolète et instrumentalisé. Le Mali fait désormais le choix d’un dialogue inter-malien sans intermédiaire étranger, tout en renforçant sa coopération avec les partenaires de l’Alliance des États du Sahel (AES).

« La Charte pour la paix et la réconciliation nationale restaurera la souveraineté du Mali sur les initiatives de résolution des conflits », a souligné le président Goïta.


Une vision stratégique portée par les plus hautes autorités

Le général Assimi Goïta a insisté sur la portée collective et historique de ce texte :

« Je suis convaincu que l’espoir est largement permis pour l’accomplissement du rêve collectif des Maliens de bâtir un avenir de paix, de réconciliation et de cohésion sociale. »

À ses côtés, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a joué un rôle discret mais déterminant tout au long du processus. Depuis les Assises jusqu’à la validation finale du document, il a veillé à la cohérence politique de l’ensemble de la démarche.


Une réponse malienne aux défis maliens

Le président de la Commission, Ousmane Issoufi Maïga, a résumé l’esprit de cette Charte lors de l’ouverture officielle de l’atelier de validation, le 20 juillet 2025 :

« Ce document est une réponse malienne aux défis maliens. »

Dans un contexte international souvent marqué par des injonctions extérieures, le Mali fait le choix courageux de reconstruire sa paix sur ses propres bases, en affirmant une vision de souveraineté assumée.

« Nous avons décidé de ne plus subir les solutions extérieures, mais de prendre notre destin en main. Cette transition veut démontrer que l’espoir et la reconstruction peuvent émerger d’une volonté nationale. »

 

Correspondance particulière – Bamako


Haoua Sangaré

LETJIKAN

 

 


Commentaires


sama-money-300 (1).jpg
bottom of page