Maroc : entre colère sociale et crise de gouvernance
- Amadou Diallo
- 30 sept. 2025
- 2 min de lecture

Entre grogne des stations-service et mobilisation d’une jeunesse en quête de dignité, le Maroc traverse une crise systémique où les signaux d’alerte se multiplient. Face à cette défiance généralisée, l’État peine à convaincre, oscillant entre silence et répression.
Carburants : un secteur à bout de souffle
Alors que la contestation gagne la rue, une autre crise couve dans le secteur énergétique. L’Association nationale des propriétaires, commerçants et gérants de stations-service menace d’une grève nationale. Ses membres dénoncent la prolifération incontrôlée d’un marché parallèle — dépôts clandestins, stations mobiles, écarts tarifaires — qui fragilise les acteurs agréés.
Depuis plus d’un an, la profession réclame en vain un dialogue avec les ministères concernés. Les rares échanges, comme la réunion du 26 septembre consacrée au marquage des produits pétroliers, sont jugés déconnectés des urgences. Selon les gérants, la régulation du marché informel et la révision des contrats imposés par certains distributeurs devraient être les véritables priorités. Dans un contexte déjà tendu, des sit-in et un mouvement de grève nationale sont en préparation, faisant planer la menace de perturbations dans l’approvisionnement du pays.
Une jeunesse dans la rue
La crise des carburants n’est qu’un maillon d’un malaise plus large qui gagne la société. Fin septembre, une mobilisation inédite de jeunes, coordonnée via Telegram, a secoué plusieurs villes du royaume. Déclenchée par une série de décès maternels à l’hôpital public Hassan-II d’Agadir, la contestation a mis en lumière l’état préoccupant du système de santé et, plus largement, la dégradation des services publics.
Les slogans, centrés sur la dignité, l’emploi et l’accès aux soins, traduisent un sentiment d’injustice profonde. Pour beaucoup, l’écart entre les milliards investis dans l’organisation du Mondial 2030 et l’état délabré des hôpitaux ou des écoles symbolise un déséquilibre criant des priorités.
Une génération connectée et déterminée
Contrairement aux mobilisations passées, la Génération Z marocaine se distingue par son organisation horizontale, sa stratégie non-violente et sa maîtrise des outils numériques. Des collectifs tels que Moroccan Youth Voice ou GenZ212 articulent des revendications chiffrées et exigent des résultats mesurables. Leur discours dépasse la protestation spontanée : il réclame transparence, indicateurs clairs et délais tenables.
La réponse des autorités reste pourtant largement sécuritaire : rassemblements empêchés, manifestants dispersés, arrestations ciblées. Une stratégie qui pourrait renforcer la détermination d’une jeunesse qui refuse désormais de se taire.
Deux fronts, une même crise de légitimité
Si les revendications diffèrent, le mouvement des stations-service et celui de la jeunesse convergent dans leur diagnostic : une gouvernance perçue comme sourde, centralisée et déconnectée. Les uns parlent de concurrence déloyale et de marges injustifiées. Les autres dénoncent des hôpitaux défaillants, des écoles précaires et des vies perdues faute de moyens.
Dans les deux cas, c’est l’absence de régulation, le déficit de dialogue et la priorité accordée aux projets pharaoniques plutôt qu’aux besoins quotidiens qui nourrissent la colère. Entre crise économique et désillusion sociale, le Maroc semble aujourd’hui à la croisée des chemins.
Source: Afrik.Com
Haoua Sangaré
LETJIKAN








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