Nigeria : la grâce présidentielle de 175 détenus, dont 52 trafiquants de drogue, déclenche une vive controverse
- Amadou Diallo
- 14 oct. 2025
- 3 min de lecture

Abuja, 14 octobre 2025 — La décision du président Bola Ahmed Tinubu de gracier 175 condamnés, parmi lesquels 52 trafiquants de drogue, provoque une onde de choc au Nigeria et au-delà. Présentée comme un geste de clémence à l’occasion d’une campagne nationale de réconciliation, la mesure est devenue en quelques jours un véritable séisme politique et moral, suscitant l’indignation de l’opposition, de la société civile et même de certains membres du gouvernement.
Une mesure de clémence qui tourne à la polémique
Parmi les bénéficiaires de cette grâce présidentielle figurent des personnes condamnées pour des crimes graves, notamment des trafiquants de stupéfiants, des meurtriers, des fraudeurs et des kidnappeurs. Le cas de Maryam Sanda, condamnée à mort pour le meurtre de son mari et dont la peine a été commuée, a particulièrement attiré l’attention.
Mais c’est surtout la libération anticipée de plusieurs trafiquants de drogue qui alimente la colère. Certains d’entre eux, condamnés à la prison à vie, n’auraient purgé que deux années avant d’être relâchés. Une volte-face surprenante, alors que le Nigeria envisageait encore récemment de renforcer les sanctions contre les crimes liés au narcotrafic.
L’opposition et la société civile dénoncent une « honte nationale »
Le Congrès démocratique africain (ADC) a qualifié cette mesure de « honte nationale pathétique » et d’« abus irresponsable du pouvoir présidentiel », estimant qu’elle sape la lutte contre la drogue et encourage l’impunité.
De son côté, l’ancien vice-président Atiku Abubakar a fustigé une décision « choquante et indéfendable », rappelant que la jeunesse nigériane est déjà lourdement affectée par la toxicomanie. Selon lui, cette grâce « affaiblit la confiance dans l’État de droit et envoie un signal dangereux à la fois aux citoyens et à la communauté internationale ».
Un contexte explosif
Le Nigeria traverse actuellement une crise de consommation de drogues sans précédent, touchant environ 14,4 % de la population, soit près de trois fois la moyenne mondiale. L’Agence nationale de lutte contre la drogue (NDLEA) multiplie les opérations et les saisies record, au prix de lourds sacrifices humains et matériels.
Pour de nombreux observateurs, la grâce présidentielle ridiculise les efforts de la NDLEA et démoralise les agents qui risquent leur vie pour démanteler les réseaux criminels. « Ce message est catastrophique : montrer du remords et suivre une formation en prison suffisent désormais pour échapper à la justice », déplore un responsable associatif.
Des critiques jusque dans le camp présidentiel
Même au sein de la présidence, la décision suscite des réserves. Josef Onoh, conseiller spécial du chef de l’État pour la communication politique, a publiquement demandé son annulation, la jugeant « moralement répréhensible » et préjudiciable à la crédibilité du Nigeria. Selon lui, cette mesure risque de miner la motivation des forces de sécurité et de ternir l’image internationale du pays.
Des répercussions internationales
Au plan diplomatique, la controverse inquiète les partenaires internationaux du Nigeria, qui redoutent que ce geste ne fasse passer le pays pour un refuge tolérant envers les trafiquants. Déjà considéré comme une plaque tournante du narcotrafic en Afrique de l’Ouest, le Nigeria pourrait voir ses coopérations sécuritaires fragilisées.
Silence présidentiel et crise de confiance
Pour l’heure, le président Tinubu n’a pas réagi publiquement à la polémique. Mais le débat continue d’enfler dans un contexte marqué par l’insécurité croissante, le banditisme et le terrorisme, qui fragilisent déjà la stabilité du géant ouest-africain.
Cette grâce présidentielle, censée incarner la compassion et la réinsertion, risque désormais de laisser une trace durable comme l’un des épisodes les plus controversés du mandat de Bola Ahmed Tinubu.
Source: Afrik.Com
Haoua Sangaré
LETJIKAN








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