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Procès Lumbala : un moment de vérité face à trois décennies de violences dans l’Est de la RDC


Les premières images projetées à l’audience ont immédiatement plongé la salle dans la réalité brute du conflit congolais : milices instrumentalisées dès les années 1990, ingérences étrangères, exploitation illégale des minerais, populations déplacées, impunité systémique. Les réactions ont été éloquentes : mains posées sur la bouche, regards fuyants, silence lourd. Une émotion à la hauteur de la tâche qui attend les jurés, appelés à juger non seulement un homme, mais une mécanique de guerre qui ravage l’Est de la RDC depuis trois décennies.

Un conflit nourri d’intérêts régionaux

Les années 1990 et 2000 ont vu émerger une multitude de groupes armés, souvent soutenus par des puissances régionales. Le RCD, le MLC, le RCD-N et d’autres factions sont régulièrement accusés d’exactions contre les civils. L’opération « Effacer le tableau » s’inscrit dans ce contexte : élimination de populations considérées comme hostiles, prise de contrôle de zones minières stratégiques, affirmation d’influences régionales.

Les méthodes employées présentent de troublantes similitudes avec d’autres opérations menées dans la région des Grands Lacs, notamment au Rwanda et au Nord-Kivu :

 violences sexuelles, massacres, pillages et déplacements forcés. Ces schémas rappellent que le conflit congolais est le produit d’enjeux géopolitiques et économiques profondément enracinés.

Une justice internationale lente, mais résolue

Ce procès constitue une étape importante dans la lutte contre l’impunité. Mais il soulève de nombreuses interrogations :

– Pourquoi Norbert Lumbala souhaite-t-il être jugé par la Cour pénale internationale plutôt que par la justice française ?

– L’absence des annexes du rapport Mapping est-elle intentionnelle ?

– D’autres responsables cités par ce document seront-ils un jour poursuivis ?

Les audiences, prévues jusqu’au 19 décembre, doivent permettre de déterminer la responsabilité personnelle de l’ancien chef rebelle. Pour les victimes, il s’agit d’une opportunité rare d’obtenir la reconnaissance de leurs souffrances. Pour la justice française, c’est un test majeur : celui de sa capacité à faire éclater la vérité dans un dossier traversé de pressions diplomatiques et de zones d’ombre institutionnelles.

Une affaire aux ramifications régionales

Au-delà du cas Lumbala, ce procès pourrait ouvrir la voie à de nouvelles poursuites visant des responsables mentionnés dans le rapport Mapping. Une telle évolution pourrait rebattre les cartes politiques dans la région des Grands Lacs, où les traumatismes demeurent vifs et la quête de justice encore largement inachevée.

Quelle que soit l’issue, cette affaire marque un tournant : celui où la parole des victimes rencontre enfin une justice qui, malgré sa lenteur, semble déterminée à faire son œuvre.

 

Source: Afrik.Com

Haoua SANGARÉ

LETJIKAN

 


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