Sahel : derrière la recrudescence des attaques terroristes, un bras de fer géopolitique ?
- Amadou Diallo
- 8 juil. 2025
- 3 min de lecture

Les attaques terroristes se multiplient dans le Sahel, poussant les régimes militaires du Niger, du Burkina Faso et du Mali à revoir leurs stratégies et à renforcer leurs alliances. Malgré des succès militaires notables ces dernières années, l’Alliance des États du Sahel (AES) traverse une période critique marquée par une série d’assauts sanglants et parfaitement coordonnés.
Une offensive généralisée
En mai et juin 2025, les trois États membres de l’AES ont été pris pour cible dans une vague de violences sans précédent. Au Mali, le 12 mai, une attaque contre un site minier à Naréna a coûté la vie à de nombreux civils. Quelques jours plus tard, le camp militaire de Dioura (Mopti) et la zone stratégique de Boulkessi (Tombouctou) ont subi des offensives d’une rare intensité, faisant plusieurs victimes parmi les forces armées.
Au Burkina Faso, des combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont attaqué le 11 mai le camp militaire de Djibo, dans la région du Sahel. Les localités de Sollé, Sabcé et Yondé ont également été frappées, causant des dizaines de morts et de blessés.
Au Niger, le 25 mai, douze soldats ont été tués lors d’une attaque contre une position militaire à Eknewane (Tahoua). En un mois, des centaines de civils et militaires ont perdu la vie dans les trois pays.
Nouvelles tactiques des groupes armés
Ces offensives traduisent une évolution dans la stratégie des groupes terroristes. Selon des observateurs, ces derniers mènent une vaste campagne d’usure pour tester les nouvelles doctrines militaires des États sahéliens. Certains analystes évoquent des failles dans les systèmes de défense nationaux, tandis que d’autres estiment que ces attaques seraient le fruit d’ingérences extérieures.
Le général Abdourahamane Tiani, président de la transition au Niger, a pointé du doigt un « complot international » visant à déstabiliser la région. Dans une déclaration à la télévision nationale le 31 mai, il a accusé des puissances étrangères et certains pays voisins, notamment le Nigeria, d’alimenter l’insécurité en appuyant les groupes armés. Des réunions secrètes se seraient tenues, selon lui, dans le bassin du lac Tchad pour coordonner ces actions.
Un virage stratégique risqué
Depuis l’arrivée au pouvoir des militaires, l’AES a pris ses distances avec ses alliés traditionnels – la France et les États-Unis – au profit de partenariats avec la Russie, l’Iran et la Turquie. Un choix que les autorités sahéliennes justifient par la quête d’une souveraineté retrouvée, mais qui suscite l’hostilité des anciennes puissances coloniales.
Pour Didier Nourredine Aholou, journaliste et analyste africain, « ces puissances voient dans l’AES une menace pour leur influence en Afrique et tenteraient de saboter son intégration régionale ». Le général Tiani renchérit : « Ils redoutent un effet domino si l’AES réussit. » Il accuse même ces acteurs d’avoir désigné le capitaine Ibrahim Traoré comme une cible prioritaire en raison de son leadership.
Urgence d’une réponse coordonnée
Face à des groupes armés de plus en plus mobiles et organisés, les réponses isolées de chaque pays semblent vouées à l’échec. La coordination militaire régionale devient une nécessité, d’autant plus que les vastes zones désertiques et les frontières poreuses favorisent l’implantation des réseaux criminels transnationaux.
Malgré ces défis, les armées sahéliennes ne baissent pas les bras. À chaque attaque, elles répliquent avec force, neutralisant des combattants ennemis et récupérant du matériel. Soutenues par des populations résilientes, elles continuent de faire flotter leurs drapeaux sur les bâtiments publics et de maintenir les écoles et marchés ouverts.
« Chaque goutte de sang versée renforce notre détermination », a déclaré le ministre malien de la Défense lors d’une conférence de presse le 2 juin.
La situation au Sahel illustre un bras de fer aux multiples dimensions : militaire, politique et géopolitique. Reste à savoir si l’AES saura transformer cette épreuve en tremplin pour une intégration plus forte, ou si les forces hostiles à son projet réussiront à briser cet élan.
Haoua Sangaré
LETJIKAN








.jpg)












Commentaires