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Cameroun : La forêt d’Ebo au cœur d’un bras de fer entre l’État et la communauté Banen


Le Tribunal administratif du Littoral doit rendre, le 18 septembre prochain, sa décision sur le reclassement de 68 385 hectares de la forêt d’Ebo en unité forestière d’aménagement (UFA 07 006). Une audience décisive dans un dossier qui, depuis cinq ans, oppose l’État camerounais à la communauté Banen et mobilise les défenseurs de l’environnement.

Un décret contesté

L’affaire remonte à juillet 2020, lorsque le gouvernement avait annoncé le classement de la forêt dans le domaine privé de l’État. Face à une vague de protestations locales et internationales, le président Paul Biya avait retiré le décret moins d’un mois plus tard. Mais en avril 2023, le texte est réapparu, à l’identique, relançant les tensions et ravivant les inquiétudes des Banen.

Un territoire identitaire

Pour ce peuple, Ebo n’est pas seulement une forêt, mais un héritage culturel et spirituel. Chassés de leurs terres dans les années 1960 lors de la répression de l’UPC, de nombreux villages avaient été vidés. Aujourd’hui, les Banen revendiquent leur droit coutumier à revenir et à gérer ces espaces, toujours utilisés pour des cérémonies traditionnelles. « La forêt d’Ebo, c’est notre terroir, notre identité. Si elle nous échappe, nous deviendrons des apatrides dans notre propre pays », avertit SM Yetina Victor, chef du village NdikBassogog 1.

Un réservoir écologique unique

Ebo est également considérée comme un joyau de biodiversité. On y recense :

•             près de 700 chimpanzés Nigeria-Cameroun, connus pour leur usage d’outils,

•             une population isolée de gorilles potentiellement unique,

•             le colobe bai de Preuss, primate en danger critique,

•             des éléphants de forêt, drills, ainsi qu’une douzaine

 

d’espèces végétales endémiques, dont Talbotiella ebo et Gilbertiodendron ebo.

Selon les chercheurs, la forêt stockerait environ 35 millions de tonnes de carbone, renforçant son importance dans la lutte contre le changement climatique.

Développement contre conservation

Pour l’État, le reclassement en UFA permettrait d’ouvrir la voie à l’exploitation industrielle du bois, secteur jugé stratégique pour l’économie nationale. Une perspective jugée inacceptable par les ONG écologistes, qui plaident pour une protection intégrale du site, et par la communauté Banen, qui voit dans toute forme de classement une confiscation de ses droits ancestraux.

« Ce n’est pas seulement une affaire de décret, c’est une question d’avenir pour la culture, la biodiversité et le climat », souligne un acteur de la société civile.

Une décision attendue

À quelques jours du verdict, l’incertitude reste entière. Mais pour les Banen, l’enjeu est existentiel : perdre Ebo, ce serait perdre leur mémoire, leur identité et une partie de l’âme du Cameroun.

  Source: Afrik inform. Com

 

Haoua Sangaré

LETJIKAN

 


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